Vincent Perez Photography
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ITV Rachel Barbezat

Vincent Perez – Rachel Barbezat - Confidences vespérales

Beau-Rivage Palace, Lausanne – 21h30

Confortablement installé sur la terrasse illuminée du palace, face au Léman, Vincent Perez, chapeau de feutre brun vissé sur la tête, tout en élégance efficace et décontractée, dégage un calme olympien inversement proportionnel à son rythme de vie frénétique. Natif de Lausanne, il est de retour dans la capitale vaudoise pour « affaires » : « un projet très intéressant, autour du cinéma, mais je ne peux rien dire de plus pour le moment. » L’art du teasing est bien maîtrisé par ce stakhanoviste qui cumule les casquettes -de là à expliquer son goût prononcé pour les couvre-chefs- acteur, réalisateur, photographe, il conjugue métier et passions au quotidien « c’est un équilibre parfait.» Ainsi, la veille de cette interview, il était à Nice en tant qu’acteur pour le tournage d’une série, la semaine précédente il assurait un rôle dans le dernier Polanski, quelques jours plus tôt, il vernissait son expo photo « Identités » à la MEP http://www.mep-fr.org/evenement/vincent-perez/. À l’heure où vous lisez ses confidences, il est de retour en Russie pour son travail photographique. Ce tourbillon impétueux semble ne jamais s’arrêter, sauf quand il s’épanche avec humour et un sens aigu de la formule, sur ses habitudes vespérales. Il se révèle alors en conteur inspiré, un autre talent à ajouter à sa liste.

Quel oiseau de nuit êtes-vous ?

Une chouette car on l’entend sans la voir, on la cherche mais on ne la trouve pas forcément… Elle se dissimule bien. Cette image me correspond, j’aime la discrétion, elle est selon moi, synonyme de liberté. Elle permet d’être qui l’on veut, d’aller vers des terrains inconnus et de revenir discrètement. Et après tout, c’est chouette une chouette.

Vous êtes plutôt « Voyage au bout de la nuit » ou « Belle de jour » ?

Céline n’est pas un auteur qui me touche particulièrement… Donc, je suis plutôt « Belle de jour ». Ce film de Buñuel est un chef d’œuvre absolu, c’est l’Espagne dans la France, donc ça me parle. Et puis, les années 60, c’est l’époque et les couleurs de mon enfance. J’y retrouve aussi le contexte de la bourgeoisie tentée par l’interdit, qui n’est pas sans me rappeler celui dans lequel j’ai évolué.

Vos nuits sont-elles plus belles que vos jours ?

J’aimerais bien (rires). La nuit, c’est le moment ou les barrières s’estompent, elles se confondent avec l’infini. J’aime me libérer du jour car les limites s’effacent, tout devient possible, comme dans mes différents métiers (acteur, réalisateur, photographe). On peut se réinventer. Je pense que la vie est faite de cycles, chaque cycle demande un certain courage pour sortir de sa zone de confort. En ce moment, je suis vraiment là-dedans. À savoir : dans la réinvention de moi-même.

Votre dernière nuit blanche ?

Il y a une quinzaine de jours, dans le Transsibérien qui m’emmenait de Ulan-Udé en Bouriatie à Krasnoïarsk (une ville de Sibérie), des lieux dans lesquels je me suis rendu afin de réaliser des photos pour un livre qui sera prochainement édité par Vera Michalski. Le voyage en train a duré 25 heures, j’étais accompagné de l’écrivain Olivier Rollin et de notre traducteur, le camarade Kislov. Nous étions tous trois étions dans une cabine couchette, durant la nuit, mes acolytes ronflaient si bruyamment qu’il m’était impossible de dormir. J’ai donc décidé de regarder le paysage défiler à travers la fenêtre, j’en garde le souvenir magique du lac Baïkal au petit matin baigné d’une lumière rose. C’était une nuit blanche très romanesque.

 

 

 

 

 

 

 

Que comptez-vous pour vous endormir ?

 

Je ne compte pas, je me raconte des histoires. À l’instar de Salvador Dali et sa fameuse cuillère placée au-dessus d’un plat en métal, je tente de « capturer » mes rêves quand je me retrouve dans cet état intermédiaire entre l’assoupissement et l’éveil. Au final, je plonge dans le sommeil sans me rappeler de mes rêveries mais en espérant tout de même garder l’inspiration. (rires)

 

 

Une playlist idéale ?

 

Je n’ai pas de playlist idéale. Ce que j’aime particulièrement, c’est les sons que j’entends quand je suis en Afrique, sur l’île de Gorée au Sénégal. Le soir, je perçois les rythmes des djembés accompagnés des chants traditionnels, mélange de prières musulmanes et de musiques tribales, c’est un « dialogue musical » merveilleux, celui de la cohabitation interreligieuse. De manière plus générale, je suis un aficionados de musique africaine. Cela dit, j’écoute aussi du rap, de la musique électronique et tous les artistes que mes filles me font découvrir, de Rihanna en passant par Beyoncé.

 

Un endroit où danser ?

 

J’adore danser mais je suis bien incapable de citer un lieu en particulier. Cela dit, on devrait s’imposer la discipline d’aller danser au moins une fois par semaine ! Bon, c’est peut-être un peu ambitieux (rires). Alors, au moins une ou deux fois par mois.

 

En qui ou quoi vous transformez-vous à la tombée de la nuit ?

 

Ça dépend des jours et des circonstances… Je peux me transformer en loup ou en ours, car parfois j’entre dans ma grotte pour hiberner et on ne me voit plus. Cela peut durer des mois. J’aime la solitude, j’en ai besoin.

 

Croyez-vous en votre bonne étoile ?

 

J’y ai cru pendant un moment et ensuite j’ai cessé d’y croire, avant de réaliser que durant une période de ma vie, un gros nuage était passé devant. L’étoile est toujours présente. Quand je vois le cheminparcouru, j’y crois.

 

A Propos

 
 

Le rire est flamboyant mais sa sincérité ne peut être remis en doute. Dans la moite soirée arlésienne, les convives se pressent dans une ambiance légère qui ferait oublier l’aspect mondain du moment. Lui est là au milieu. De blanc vêtu, charismatique, son avisée Karine à ses côtés. Exposant aux Rencontres 2014, Vincent Perez se frotte au monde de la photo pour la première fois, même si l’art lui est connu depuis longtemps. Car si nul n’ignore ses rôles célèbres, notamment sous la direction de Patrice Chéreau, peu connaissent son amour premier de la photo, sa formation à Vevey et ses quelques mois de laborantin au sous-sol d’une boutique photo de Lausanne. Vincent ne fait pas un pas de côté quand il réalise des images non animées, il revient à une évidence, un nœud, une matrice.

 
 

Dans son portfolio, ils possèdent des portraits d’une grâce irréelle et des photos de danse du Bolchoï surprenantes de maitrises et de sensibilité. Pourtant à la MEP, Vincent Perez a choisi un chemin plus complexe, moins linéaire, celui de la question identitaire à travers les Congolais à Paris et les Russes dans leur vaste pays. Une problématique sur laquelle il n’était pas attendu. Mais, la question qu’il pose est aussi celle de sa propre identité. Acteur, comédien, réalisateur, scénariste, homme publique, quelle est la place du photographe dans cette litanie ? Et son rôle, comme le montre cette exposition bicéphale, se révèle central. Il décrypte à merveille l’art dramatique de la vie qui se déroule sous ses yeux pour en capter un instant de vérité qui oscille entre le champ documentaire et la mise en scène. Vincent Perez, photographe, déstabilise car il ne choisit pas. Il assume ses complexités, ses origines, ses contradictions, et les sublime dans une incarnation qui échappe au classement ou au genre. Il réunit des mondes tellement opposés que leur union prend un sens évident. Vincent Perez signe une transcendance aussi insaisissable que fascinante. Il est là où on ne l’attend et c’est sûrement le plus beau cadeau qu’il pouvait nous faire. 

Benoît Baume
Directeur de la rédaction et fondateur de Fisheye 
 

Vincent Perez – Rachel Barbezat - Confidences vespérales

 

Beau-Rivage Palace, Lausanne – 21h30

Confortablement installé sur la terrasse illuminée du palace, face au Léman, Vincent Perez, chapeau de feutre brun vissé sur la tête, tout en élégance efficace et décontractée, dégage un calme olympien inversement proportionnel à son rythme de vie frénétique. Natif de Lausanne, il est de retour dans la capitale vaudoise pour « affaires » : « un projet très intéressant, autour du cinéma, mais je ne peux rien dire de plus pour le moment. » L’art du teasing est bien maîtrisé par ce stakhanoviste qui cumule les casquettes -de là à expliquer son goût prononcé pour les couvre-chefs- acteur, réalisateur, photographe, il conjugue métier et passions au quotidien « c’est un équilibre parfait.» Ainsi, la veille de cette interview, il était à Nice en tant qu’acteur pour le tournage d’une série, la semaine précédente il assurait un rôle dans le dernier Polanski, quelques jours plus tôt, il vernissait son expo photo « Identités » à la MEP http://www.mep-fr.org/evenement/vincent-perez/. À l’heure où vous lisez ses confidences, il est de retour en Russie pour son travail photographique. Ce tourbillon impétueux semble ne jamais s’arrêter, sauf quand il s’épanche avec humour et un sens aigu de la formule, sur ses habitudes vespérales. Il se révèle alors en conteur inspiré, un autre talent à ajouter à sa liste.

Quel oiseau de nuit êtes-vous ?

Une chouette car on l’entend sans la voir, on la cherche mais on ne la trouve pas forcément… Elle se dissimule bien. Cette image me correspond, j’aime la discrétion, elle est selon moi, synonyme de liberté. Elle permet d’être qui l’on veut, d’aller vers des terrains inconnus et de revenir discrètement. Et après tout, c’est chouette une chouette.

Vous êtes plutôt « Voyage au bout de la nuit » ou « Belle de jour » ?

Céline n’est pas un auteur qui me touche particulièrement… Donc, je suis plutôt « Belle de jour ». Ce film de Buñuel est un chef d’œuvre absolu, c’est l’Espagne dans la France, donc ça me parle. Et puis, les années 60, c’est l’époque et les couleurs de mon enfance. J’y retrouve aussi le contexte de la bourgeoisie tentée par l’interdit, qui n’est pas sans me rappeler celui dans lequel j’ai évolué.

Vos nuits sont-elles plus belles que vos jours ?

J’aimerais bien (rires). La nuit, c’est le moment ou les barrières s’estompent, elles se confondent avec l’infini. J’aime me libérer du jour car les limites s’effacent, tout devient possible, comme dans mes différents métiers (acteur, réalisateur, photographe). On peut se réinventer. Je pense que la vie est faite de cycles, chaque cycle demande un certain courage pour sortir de sa zone de confort. En ce moment, je suis vraiment là-dedans. À savoir : dans la réinvention de moi-même.

Votre dernière nuit blanche ?

Il y a une quinzaine de jours, dans le Transsibérien qui m’emmenait de Ulan-Udé en Bouriatie à Krasnoïarsk (une ville de Sibérie), des lieux dans lesquels je me suis rendu afin de réaliser des photos pour un livre qui sera prochainement édité par Vera Michalski. Le voyage en train a duré 25 heures, j’étais accompagné de l’écrivain Olivier Rollin et de notre traducteur, le camarade Kislov. Nous étions tous trois étions dans une cabine couchette, durant la nuit, mes acolytes ronflaient si bruyamment qu’il m’était impossible de dormir. J’ai donc décidé de regarder le paysage défiler à travers la fenêtre, j’en garde le souvenir magique du lac Baïkal au petit matin baigné d’une lumière rose. C’était une nuit blanche très romanesque.

Que comptez-vous pour vous endormir ?

Je ne compte pas, je me raconte des histoires. À l’instar de Salvador Dali et sa fameuse cuillère placée au-dessus d’un plat en métal, je tente de « capturer » mes rêves quand je me retrouve dans cet état intermédiaire entre l’assoupissement et l’éveil. Au final, je plonge dans le sommeil sans me rappeler de mes rêveries mais en espérant tout de même garder l’inspiration. (rires)

Une playlist idéale ?

Je n’ai pas de playlist idéale. Ce que j’aime particulièrement, c’est les sons que j’entends quand je suis en Afrique, sur l’île de Gorée au Sénégal. Le soir, je perçois les rythmes des djembés accompagnés des chants traditionnels, mélange de prières musulmanes et de musiques tribales, c’est un « dialogue musical » merveilleux, celui de la cohabitation interreligieuse. De manière plus générale, je suis un aficionados de musique africaine. Cela dit, j’écoute aussi du rap, de la musique électronique et tous les artistes que mes filles me font découvrir, de Rihanna en passant par Beyoncé.

Un endroit où danser ?

J’adore danser mais je suis bien incapable de citer un lieu en particulier. Cela dit, on devrait s’imposer la discipline d’aller danser au moins une fois par semaine ! Bon, c’est peut-être un peu ambitieux (rires). Alors, au moins une ou deux fois par mois.

En qui ou quoi vous transformez-vous à la tombée de la nuit ?

Ça dépend des jours et des circonstances… Je peux me transformer en loup ou en ours, car parfois j’entre dans ma grotte pour hiberner et on ne me voit plus. Cela peut durer des mois. J’aime la solitude, j’en ai besoin.

Croyez-vous en votre bonne étoile ?

J’y ai cru pendant un moment et ensuite j’ai cessé d’y croire, avant de réaliser que durant une période de ma vie, un gros nuage était passé devant. L’étoile est toujours présente. Quand je vois le cheminparcouru, j’y crois.